Pendant 341 ans, le Code Noir nous a été expliqué en français : la langue du maître pour raconter la loi du maître sur le corps de l’esclave.
James Fleurissaint a choisi d’inverser cette histoire.
Avec « KÒD NWA 1685 – Tradiksyon entegral an Kreyòl Ayisyen », il fait traduire dans la langue née au cœur de l’histoire coloniale un texte juridique qui avait précisément pour objectif d’enfermer, de contrôler et de déshumaniser.
Ce n’est pas une simple traduction. C’est aussi une réflexion profonde sur la langue, la mémoire et la transmission de l’histoire.
Lorsque l’article 44 affirme en français que « les esclaves sont meubles », la formule relève du langage juridique. En créole, « esklav yo se mèb » prend une dimension particulièrement brutale : la langue rend directement audible la déshumanisation contenue dans cette formulation.
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Cette traduction montre ainsi que la langue créole haïtienne peut porter les textes les plus complexes, les plus arides et les plus douloureux de notre histoire. Si elle peut porter une telle mémoire, elle peut tout porter.
L’initiative permet également de rendre cette histoire plus accessible aux jeunes générations, sans passer systématiquement par un intermédiaire linguistique. Enseigner l’esclavage dans la langue maternelle des élèves, c’est aussi leur permettre de mieux comprendre une partie essentielle de leur histoire.
Le 28 mai 2026 marque ainsi, selon cette lecture, deux victoires symboliques :
La loi s’efface : c’est la victoire juridique.
La mémoire renaît en créole : c’est la victoire linguistique.
Le jour où la loi qui avait réduit des êtres humains au rang d’objets disparaît, la langue autrefois marginalisée devient celle qui raconte, dans ses propres mots, la fin de cette histoire.
La loi s’efface. La mémoire renaît.
GODSON MOULITE
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